Le calendrier est connu depuis la loi Climat et résilience, mais son application soulève les mêmes questions à chaque étape : qui est concerné, ce que « interdit à la location » signifie exactement, et ce qui se passe pour un bail déjà signé.
Que dit exactement la règle ?
La performance énergétique fait partie des critères de décence d’un logement mis en location. Un logement qui n’atteint pas le niveau minimal ne peut pas être loué : il ne devient pas illégal à posséder, il devient impossible à mettre en location dans les règles. La surface en est un autre, avec un seuil précis : voir la surface minimum d’un logement loué.
Le seuil se déplace par étapes. Les logements les plus énergivores sont sortis les premiers, en deux temps depuis 2023, puis l’ensemble de la classe G au 1er janvier 2025. La classe F suivra en 2028, la classe E en 2034.
Attention aux périmètres : ces échéances concernent la France métropolitaine, les départements et régions d’outre-mer disposant d’un calendrier distinct. La règle vise la location nue à usage de résidence principale, les meublés de tourisme relevant d’un régime propre.
Le bail est déjà signé : que se passe-t-il ?
Un contrat en cours n’est pas annulé automatiquement. Le locataire peut en revanche demander au propriétaire la mise en conformité du logement, et saisir la justice si rien ne bouge.
Le juge dispose alors de plusieurs leviers : ordonner les travaux, réduire le loyer, voire le suspendre jusqu’à réalisation. En pratique, un propriétaire qui ignore une demande motivée prend un risque financier supérieur au coût des travaux les plus simples. Pour aller plus loin, les droits du locataire face à un logement mal isolé détaillent la lettre recommandée, le délai de deux mois et le rôle du juge.
Point souvent mal compris : le renouvellement ou la reconduction tacite d’un bail existant n’est pas assimilé à un nouveau contrat au sens de cette obligation. C’est la signature d’un nouveau bail qui déclenche l’exigence.

Retenir le calendrier en un coup d’œil
| Date | Logements concernés | Effet |
|---|---|---|
| Depuis août 2022 | Classes F et G | Gel du loyer : plus de révision ni d’augmentation |
| Depuis 2023 | Consommation extrême | Sortie des logements les plus énergivores |
| 1er janvier 2025 | Classe G | Plus de nouveau bail en métropole |
| 1er janvier 2028 | Classe F | Même interdiction |
| 1er janvier 2034 | Classe E | Même interdiction |
Agir quand on dépend d’une copropriété
Un propriétaire bailleur en copropriété ne décide pas seul de l’isolation des murs ni du changement de chauffage collectif. Il peut agir sur ce qui lui appartient — fenêtres, ventilation, appoint de chauffage, isolation intérieure — mais bute sur le reste.
Des aménagements existent pour tenir compte de ces contraintes, notamment lorsqu’une décision d’assemblée générale est nécessaire ou que le bâtiment relève de protections patrimoniales. Elles ne dispensent pas d’agir : elles décalent l’exigence dans le temps, sur justificatifs.
Pour les travaux affectant les parties communes, l’autorisation préalable reste obligatoire, avec les sanctions rappelées dans notre article sur les travaux réalisés sans autorisation.
Propriétaire d’un logement G : les cinq réflexes
- Faire réaliser un audit énergétique plutôt qu’un simple diagnostic : il hiérarchise les travaux et chiffre les scénarios.
- Cibler les gains de classe : l’isolation des combles et le remplacement d’un système de chauffage obsolète produisent souvent le saut le plus rapide.
- Vérifier la date du diagnostic : les méthodes de calcul ont évolué, et un diagnostic ancien peut ne plus refléter la situation réelle du logement.
- Regarder les aides avant de signer un devis : leur obtention dépend de l’ordre des démarches.
- Documenter : conserver devis, factures et diagnostics, seuls éléments opposables en cas de litige.
Locataire : par où commencer
Le premier réflexe est de relire le diagnostic annexé au bail : il est obligatoire, et sa classe y figure. Vient ensuite une demande écrite au propriétaire, en recommandé, décrivant les désordres constatés — froid persistant, condensation, factures hors norme.
En l’absence de réponse, la commission départementale de conciliation offre une voie gratuite avant le tribunal. Il est déconseillé de cesser unilatéralement de payer son loyer : cela fragilise la position du locataire, comme dans tout litige locatif, y compris ceux portant sur les charges locatives.
Quels travaux font vraiment changer de classe

| Poste | Effet sur l’étiquette | Remarque |
|---|---|---|
| Isolation des combles | Gain souvent net | Meilleur rapport coût-résultat |
| Remplacement du système de chauffage | Gain important | Dépend fortement de l’énergie utilisée |
| Isolation des murs | Gain important | Coût élevé, contraintes en copropriété |
| Menuiseries | Gain modéré seul | Utile en complément, insuffisant isolément |
| Ventilation | Gain faible sur l’étiquette | Indispensable après isolation |
| Production d’eau chaude | Gain variable | Poste souvent sous-estimé |
Sortir de la classe G demande rarement un seul geste. C’est le plus souvent la combinaison isolation plus chauffage qui fait basculer l’étiquette, et c’est aussi ce que privilégient les aides à la rénovation d’ampleur.
Ce que l’échéance change sur le marché
Deux effets se combinent. Côté location, les logements les plus énergivores sortent progressivement de l’offre, ce qui tend un marché déjà tendu dans les zones denses. Un bien laissé vide faute de pouvoir le louer reste exposé : la taxe sur les logements vacants et sa durée s’applique dès un an d’inoccupation en zone tendue.
Côté vente, ces biens se négocient avec une décote, d’autant plus marquée que les travaux sont lourds ou impossibles sans accord de copropriété. Les acquéreurs intègrent désormais le coût des travaux dans leur offre, et les banques regardent l’étiquette.
Pour un propriétaire bailleur, l’arbitrage se pose en trois termes : engager les travaux, vendre, ou changer d’usage. Aucune de ces options n’est neutre fiscalement, et le calcul se fait bien avant l’échéance réglementaire.
Contester ou refaire un diagnostic
- Vérifier la date : les méthodes de calcul ont évolué, et un diagnostic ancien peut ne plus refléter la situation.
- Contrôler les données saisies : surface, année de construction, type d’isolant, système de chauffage. Une erreur de saisie déplace l’étiquette.
- Fournir les justificatifs de travaux réalisés : sans facture, le diagnostiqueur retient des valeurs par défaut, toujours défavorables.
- Demander un second avis si l’écart paraît anormal par rapport à des logements comparables.
- Conserver les rapports : ils constituent la trace de l’évolution du bien.
Le diagnostic engage la responsabilité de son auteur. Une erreur manifeste, documentée, peut donner lieu à une contestation — encore faut-il disposer des pièces qui prouvent la réalité des équipements installés.
Un logement G peut-il encore être loué en 2026 ?
Pas par un nouveau bail en métropole depuis le 1er janvier 2025. Les baux signés avant cette date se poursuivent, mais le locataire peut exiger la mise en conformité du logement.
Le propriétaire doit-il rembourser des loyers ?
Pas automatiquement. C’est le juge qui peut ordonner une réduction ou une suspension du loyer, en plus des travaux, si le logement est jugé indécent.
Peut-on vendre un logement classé G ?
Oui. L’interdiction porte sur la mise en location, pas sur la vente. Un audit énergétique est en revanche exigé lors de la vente des logements les plus énergivores.
Que se passe-t-il en copropriété si l’assemblée refuse les travaux ?
Des aménagements existent lorsque le propriétaire est empêché par une décision collective ou une protection patrimoniale. Ils reposent sur des justificatifs et décalent l’exigence sans la supprimer.
Les locations saisonnières sont-elles concernées ?
Les meublés de tourisme relèvent d’un cadre distinct de celui de la résidence principale, avec ses propres obligations, qui évoluent également.
Si vous êtes bailleur, commencez par un audit énergétique plutôt que par un devis : c’est lui qui dit quel travail fait réellement changer de classe. Si vous êtes locataire, relisez le diagnostic annexé à votre bail et écrivez avant l’hiver.
Service-public.fr, critères de décence et performance énergétique du logement loué : calendrier d’interdiction de location et recours du locataire, consulté le 19 septembre 2026.
Un litige sur la décence se règle avec les mêmes réflexes de preuve qu’un litige sur la restitution du dépôt de garantie.



