La taxation des logements vacants vise les propriétaires de biens habitables laissés inoccupés. En zone tendue, la taxe sur les logements vacants, ou TLV, s’applique dès un an de vacance au 1er janvier, au taux de 17 % puis 34 % de la valeur locative cadastrale. Hors zone tendue, la commune peut instituer la taxe d’habitation sur les logements vacants, ou THLV, après plus de deux ans de vacance. À compter de 2027, ces deux taxes fusionnent. Pour aller plus loin, ce que dit l’usucapion sur les biens abandonnés explique pourquoi un bien laissé vide trop longtemps n’est pas sans risque pour son propriétaire.
Trois taxes se partagent un même logement vide
Le paysage fiscal de la vacance est resté longtemps éclaté. Deux impôts coexistent aujourd’hui, avec des règles différentes, et un troisième les remplace progressivement. Le tableau les compare.
| Critère | TLV (taxe annuelle) | THLV (taxe d’habitation) | TVLH (taxe unique, dès 2027) |
|---|---|---|---|
| Territoire | Communes en zone tendue | Communes hors zone tendue ayant délibéré | Zone tendue, et communes qui choisissent de l’appliquer |
| Durée de vacance | Au moins 1 an au 1er janvier | Plus de 2 ans au 1er janvier | 1 an en zone tendue, 2 ans ailleurs |
| Base de calcul | Valeur locative cadastrale | Valeur locative cadastrale | Valeur locative cadastrale |
| Taux | 17 % puis 34 % | Taux voté par la commune | 17 % puis 34 %, majorations possibles |
| Qui décide | La loi | La commune | La loi en zone tendue, la commune ailleurs |
Ce classement donne le fil de l’article : qui est concerné, comment on calcule, comment on y échappe, et ce que change 2027.
Quand un logement est-il vacant aux yeux du fisc ?
Un logement est vacant lorsqu’il est destiné à l’habitation, qu’il dispose des équipements de confort essentiels, et qu’il reste inoccupé pendant toute la durée requise. La notion a trois conditions, et il suffit d’en rater une pour échapper à la taxe.
- Le logement est habitable : eau, électricité, chauffage ou possibilité d’en installer, sanitaires. Une ruine ou un local sans équipement n’est pas imposable.
- Il est vide : aucun occupant, ou un logement si peu meublé qu’il ne peut pas servir d’habitation.
- Il l’est depuis la durée prévue, appréciée au 1er janvier de l’année d’imposition.
Un logement meublé de façon symbolique, avec quelques cartons et un lit de camp, peut être jugé vacant. À l’inverse, une résidence secondaire meublée occupée par intermittence n’est pas vacante, mais elle relève d’autres règles, comme la surtaxe d’habitation sur les résidences secondaires en zone tendue.

Ce que paie le propriétaire en zone tendue
La TLV s’applique dans les communes où le marché du logement est tendu, c’est-à-dire où la demande dépasse nettement l’offre. Elles sont listées par décret et correspondent surtout aux grandes agglomérations et à certaines zones touristiques ou frontalières. Pour savoir si un logement est concerné, il faut consulter la liste officielle des communes, mise à jour par l’administration.
Elle frappe les logements vacants depuis au moins un an au 1er janvier de l’année d’imposition. Le taux est de 17 % de la valeur locative cadastrale la première année d’imposition, puis de 34 % à partir de la deuxième. L’État la perçoit, et non la commune.
Ces taux ont été relevés en 2023, après des années à 12,5 % et 25 %. Le message est resté constant : laisser un logement vide en zone tendue coûte de plus en plus cher chaque année où il le reste.

Calculer la taxe : un exemple chiffré
L’assiette est la valeur locative cadastrale du logement, indiquée sur l’avis de taxe foncière. Elle représente un loyer théorique annuel fixé par l’administration, et elle est souvent inférieure au loyer réel. Voici ce que donne le calcul pour trois valeurs locatives.
| Valeur locative cadastrale | Taxe la 1re année (17 %) | Taxe à partir de la 2e année (34 %) | Cumul sur 3 ans |
|---|---|---|---|
| 3 000 € | 510 € | 1 020 € | 2 550 € |
| 4 800 € | 816 € | 1 632 € | 4 080 € |
| 7 500 € | 1 275 € | 2 550 € | 6 375 € |
Prenons le logement de 4 800 € de valeur locative. La première année, la taxe est de 816 €. La deuxième année, elle double à 1 632 €, et le coût cumulé atteint 4 080 € au bout de trois ans. Cette progression explique que l’impôt change les comportements : au bout de trois ans, le propriétaire a payé de quoi financer une partie des travaux nécessaires pour louer.
La taxe d’habitation sur les logements vacants
Hors zone tendue, la THLV n’existe que si la commune, ou l’intercommunalité, l’a instituée par délibération. Elle vise les logements vacants depuis plus de deux ans au 1er janvier de l’année d’imposition. Le produit revient à la collectivité qui l’a votée, ce qui la rend plus facile à justifier localement : la commune taxe ce qui contribue à dégrader son centre.
Le taux est fixé par la collectivité dans le cadre prévu par la loi. Il varie d’une commune à l’autre, ce qui explique que deux propriétaires voisins, de part et d’autre d’une limite communale, ne paient pas la même somme. Beaucoup de petites communes n’ont jamais voté la taxe : dans ce cas, aucun impôt spécifique ne frappe la vacance, même ancienne.
Qui paie, et comment l’administration le sait
Le redevable est le propriétaire du logement, ou l’usufruitier lorsqu’il y en a un. L’occupant n’est pas concerné : un logement occupé, même par un locataire sans bail, n’est pas vacant. Quand le bien est en indivision, la taxe est établie au nom des indivisaires.
L’administration identifie les logements vacants en croisant plusieurs fichiers : la consommation d’électricité, la taxe d’habitation sur les résidences secondaires, la déclaration d’occupation que les propriétaires renseignent dans leur espace en ligne. Le propriétaire doit y indiquer si le bien est loué, occupé par lui-même ou vacant. Une erreur sur cette déclaration expose à une imposition indue, ou à l’inverse à un redressement si le logement est vide.
Un conseil de méthode : conservez les justificatifs de chaque période, annonces de location, échanges avec une agence, factures de travaux, relevés de consommation. Ils servent à contester l’avis, ou à faire valoir une exonération.
Comment échapper à la taxe
Plusieurs situations évitent la taxe. Elles reposent toutes sur une idée simple : le propriétaire n’a pas choisi de laisser le logement vide.
| Situation | Effet | Preuve à conserver |
|---|---|---|
| Vacance indépendante de la volonté du propriétaire | Exonération | Annonces au prix du marché restées sans preneur, échanges avec une agence |
| Logement occupé plus de 90 jours consécutifs sur la période de référence | Non vacant | Bail, quittances, attestation d’occupation |
| Logement inhabitable ou sans équipement de confort | Non imposable | Constat, photographies, devis de travaux |
| Logement détenu par un organisme HLM | Hors champ | Statut du propriétaire |
La notion de vacance involontaire est la plus discutée. Elle suppose que le propriétaire cherche réellement à louer ou à vendre, au prix du marché et dans des conditions normales. Un loyer manifestement trop élevé, une annonce unique ou un bien qui n’est pas disponible ne suffisent pas. Un logement qui demande une rénovation importante avant relocation, par exemple pour sortir de la catégorie des passoires thermiques décrite dans l’article sur le logement classé G, relève d’une appréciation au cas par cas, à documenter.
Un logement qui ne respecte pas les critères du logement décent peut aussi être inhabitable au sens fiscal, mais il ne faut pas tirer cet argument sans justificatif. L’administration regarde les faits, pas l’état allégué.
Ce que prévoit la taxe unique de 2027
La loi de finances pour 2026 prévoirait de remplacer la TLV et la THLV par une taxe unique, la taxe sur la vacance des locaux d’habitation, ou TVLH. Elle s’appliquerait aux impositions établies au titre de 2027, et ses règles figurent dans le code général des impôts.

Le principe est simple. En zone tendue, la taxe serait automatique pour tout logement vacant depuis au moins un an au 1er janvier. Hors zone tendue, elle resterait facultative : une commune ou un établissement intercommunal doit la décider par délibération, et seuls les logements vacants depuis au moins deux ans sont visés. Les exonérations actuelles seraient maintenues : vacance involontaire, occupation de plus de 90 jours consécutifs, logements des organismes HLM.
Les taux de 17 % puis 34 % seraient repris en zone tendue. Selon les premiers commentaires du texte, les communes pourraient les relever jusqu’à 30 % puis 60 % par délibération, et fixer librement un taux dans la limite de 50 % hors zone tendue. Ces montants doivent être vérifiés sur le texte consolidé avant toute décision, car les premières analyses ne concordent pas sur tous les détails.
La réforme poursuit un objectif de lisibilité. Un propriétaire n’aura plus à chercher laquelle des deux taxes le vise, et une commune hors zone tendue disposera d’un outil clair. Les communes qui souhaitaient appliquer la taxe dès 2027 devaient délibérer avant le 1er octobre 2026, selon les analyses professionnelles du texte : une délibération postérieure ne jouerait que pour les années suivantes.
Pourquoi taxer la vacance ? Ce que disent les chiffres
La France compte environ 3 millions de logements vacants, soit autour de 8 % du parc selon l’Insee. Ce chiffre global rassemble des situations très différentes, et c’est ce qui rend la taxe délicate à concevoir.
| Type de vacance | Durée habituelle | Cause principale | Cible de la taxe |
|---|---|---|---|
| Frictionnelle | Quelques semaines à quelques mois | Rotation entre deux occupants, travaux courts | Non |
| Longue | Plus d’un an | Attente, manque de moyens, succession | Oui, en zone tendue |
| Structurelle | Plus de deux ans | Logement dégradé, marché détendu, désintérêt | Oui, si la commune le décide |
Dans les villes où l’offre manque, un logement vide a un coût social visible : des ménages cherchent un toit pendant que des logements restent fermés. Ce contraste alimente les politiques publiques, du droit au logement opposable aux obligations de production de la loi SRU. Il pèse aussi sur les situations d’urgence décrites dans l’article sur le logement en urgence.
L’efficacité de la taxe reste discutée. Elle incite à remettre des biens en location, mais elle ne règle ni les logements dégradés ni les successions bloquées, qui représentent une part importante de la vacance de longue durée. Dans les territoires détendus, la difficulté est inverse : les logements restent vides faute de demande, et aucune taxe ne crée des locataires.
Comment sortir de la taxe : louer, vendre ou occuper
Trois voies permettent d’éviter la taxe, avec des délais différents. Occuper le logement plus de 90 jours consécutifs le sort de la vacance. Le louer, même à un loyer modéré, y met fin. Le vendre transfère la charge à l’acquéreur.
La location suppose de remettre le bien aux normes : logement décent, diagnostic énergétique, respect de la surface minimale. Pour un propriétaire qui hésite, le statut du bailleur privé offre un cadre fiscal incitatif en contrepartie d’une location à loyer encadré, et le niveau du loyer se pilote avec l’indice de référence des loyers. Pour ceux qui craignent les impayés, les règles décrites dans l’article sur l’expulsion sans relogement rappellent que la procédure est longue et encadrée, ce qui n’est pas une raison de laisser le bien vide.
Certaines collectivités proposent des dispositifs d’accompagnement : aides aux travaux, intermédiation locative, garanties de loyer. Ils se renseignent auprès de la mairie, de l’agence départementale d’information sur le logement ou de l’Agence nationale de l’habitat. Un logement vacant depuis plusieurs années peut ainsi redevenir un logement abordable.
Questions fréquentes
Quel est le taux de la taxe sur les logements vacants ?
En zone tendue, il est de 17 % de la valeur locative cadastrale la première année d’imposition, puis de 34 % à partir de la deuxième. Hors zone tendue, le taux de la THLV est voté par la commune.
Au bout de combien de temps un logement est-il considéré comme vacant ?
Au moins un an au 1er janvier de l’année d’imposition en zone tendue, plus de deux ans pour la THLV hors zone tendue. Ce que prévoit la taxe unique de 2027 reprend ces durées.
Une résidence secondaire est-elle taxée comme un logement vacant ?
Non. Une résidence secondaire meublée n’est pas vacante. Elle peut en revanche supporter la majoration de taxe d’habitation sur les résidences secondaires dans les communes tendues.
Comment échapper à la taxe quand le logement ne trouve pas preneur ?
En prouvant que la vacance est involontaire : annonces au prix du marché, échanges avec une agence, offres refusées. Occuper le logement plus de 90 jours consécutifs le fait aussi sortir de la vacance.
Que change la taxe unique de 2027 ?
Elle fusionnerait la TLV et la THLV. Elle s’appliquerait automatiquement en zone tendue, et resterait facultative ailleurs, sur délibération de la commune. Les exonérations actuelles seraient maintenues.
Où trouver la valeur locative cadastrale d’un logement ?
Sur l’avis de taxe foncière, ligne de la valeur locative cadastrale, ou dans l’espace personnel du propriétaire sur le site des impôts.
Avant le prochain 1er janvier, relisez la situation de chaque bien vide : durée de vacance, commune concernée, justificatifs des démarches de location. Si le bien est imposable, comparez le coût de deux années de taxe avec celui des travaux qui permettraient de le relouer.



